
Auvers-sur-Oise · juin-juillet 1890 · trois peintures
Le Jardin de Daubigny
Dernières versions et dernier hommage à un peintre admiré : Van Gogh transforme un jardin privé en panorama de couleur, puis envoie à Théo un croquis de l’une de ses toiles les plus réfléchies.
Réponse directe
Trois tableaux, pas une seule version
Van Gogh peint le jardin de Charles-François Daubigny trois fois pendant son séjour à Auvers-sur-Oise. La première œuvre, F 765, est une étude presque carrée réalisée en juin 1890 sur un morceau de toile à carreaux — souvent décrit comme un torchon — parce que le peintre attend encore une livraison de toile. Elle resserre le regard sur les massifs, les allées et la végétation.
En juillet viennent deux compositions deux fois plus larges que hautes, F 777 et F 776. Toutes deux déploient le jardin comme une frise : pelouse, roses, tilleuls ronds, maison rose au toit bleu, mobilier et présence humaine. La version de Bâle conserve un chat noir au premier plan et le titre peint en bas à droite. La version de Hiroshima, décrite dans le croquis envoyé à Théo, montre une organisation proche mais non identique ; le chat qui y figurait a été recouvert ultérieurement.
Ces tableaux sont un hommage tardif à Daubigny, mort en 1878, mais ils ne sont pas des copies. Van Gogh reprend le goût de son aîné pour le paysage vécu et le transforme par une touche discontinue, des contours fermes et une couleur volontairement non naturaliste.
F 765 · l’étude
51 × 51 cm, Van Gogh Museum. Un support improvisé et une composition compacte pour comprendre le lieu.
F 777 · Bâle
54 × 101,5 cm. Le panorama avec le chat noir et l’inscription « Le jardin de Daubigny ».
F 776 · Hiroshima
53,2 × 103,5 cm. La version liée au croquis de la lettre du 23 juillet.
Un prédécesseur essentiel
Pourquoi Charles-François Daubigny comptait-il autant pour Van Gogh ?
Paysagiste de l’école de Barbizon, Daubigny avait choisi Auvers, travaillé au bord de l’Oise et peint depuis un bateau-atelier. Pour Van Gogh, il représentait une tradition du paysage moderne déjà sortie de l’atelier.


Peindre dehors
Daubigny naviguait sur l’Oise et la Seine à bord de son bateau-atelier, le Botin. Cette pratique du paysage mobile et observé sur place annonçait des préoccupations que Monet, puis Van Gogh, développeraient autrement.
Faire du lieu une mémoire
En arrivant à Auvers, Van Gogh veut voir la maison du peintre disparu. Il rencontre sa veuve et projette rapidement un tableau plus ambitieux que sa première étude.

Première approche
Un jardin carré peint sur un support de fortune
Le 17 juin, Van Gogh explique à Théo qu’il attend une nouvelle toile. Pour continuer à travailler, il peint cette étude sur un morceau de toile à carreaux. Le support improvisé n’empêche pas une composition extrêmement construite : deux zones de végétation encadrent une ouverture centrale, tandis que la maison et le ciel ferment l’espace au fond.
Le format carré crée une sensation d’enclos. Les verts ne cherchent pas à se fondre : vert olive, vert émeraude, jaune et bleu s’entrechoquent. Les fleurs roses et rouges servent de ponctuation. Le jardin n’est pas décrit plante par plante ; il est organisé comme une surface décorative traversée de rythmes.
Cette étude est le laboratoire des panoramas de juillet. Van Gogh y repère déjà les masses, les voies de passage et les contrastes qu’il étirera bientôt sur plus d’un mètre de largeur.
Deux grands formats, deux décisions
La version de Hiroshima déploie le jardin comme une scène habitée
La version de Bâle ouvre cet article. Celle de Hiroshima permet de voir combien Van Gogh reprend le même lieu sans reproduire mécaniquement la première composition.

Le Jardin de Daubigny, Hiroshima Museum of Art
Huile sur toile, 53,2 × 103,5 cm. La maison se retire derrière les arbres ; le mobilier et la figure donnent une échelle domestique à la luxuriance du jardin.
| Élément | F 765 · Amsterdam | F 777 · Bâle | F 776 · Hiroshima |
|---|---|---|---|
| Format | Presque carré, 51 × 51 cm. | Panorama, 54 × 101,5 cm. | Panorama, 53,2 × 103,5 cm. |
| Effet spatial | Enclos compact, végétation au premier plan. | Frise ample, ligne de fleurs et tilleuls ronds. | Jardin plus ouvert, circulation diagonale plus sensible. |
| Chat noir | Absent. | Visible au premier plan. | Présent à l’origine, puis recouvert. |
| Inscription | Aucune. | « Le jardin de Daubigny » en bas à droite. | Pas d’inscription comparable. |
| Rôle | Étude du lieu. | Première grande synthèse. | Version liée au croquis envoyé à Théo. |
Galerie haute définition
Voir la peinture, pas seulement le sujet
Ces photographies rapprochées montrent la toile telle qu’elle apparaît au musée : les crêtes épaisses de couleur, les changements de direction du pinceau et les détails qui disparaissent dans une petite reproduction.





Qualité des fichiers : la nouvelle étude F 765 mesure 3 840 × 3 783 px. Les photographies de F 777 vont jusqu’à 5 184 px, ce qui permet d’observer réellement l’empâtement sans agrandissement artificiel. Photographies F 777 : Miguel Hermoso Cuesta, CC BY-SA 4.0.
Lire la composition
Quatre forces donnent au jardin son équilibre
La frise végétale
Les tilleuls arrondis forment une suite de masses jaunes et vertes. Ils donnent un rythme presque musical au fond du tableau.
La maison rose
La façade claire n’est pas le sujet principal : elle sert de repère stable derrière la profusion des branches et des fleurs.
Les signes de vie
Banc, chaises, figure et chat empêchent le jardin de devenir un décor abstrait. Le lieu reste habité, quotidien et intime.
La couleur construite
Ciel vert pâle, toit bleuté, feuillages violets et fleurs roses : Van Gogh décrit le lieu par rapports chromatiques, non par couleur locale.

23 juillet 1890
Le croquis qui explique la toile
Van Gogh joint à sa lettre un dessin rapide de la version F 776. Il décrit l’herbe verte et rose, le buisson vert et lilas, le parterre de roses, le noisetier violet, les tilleuls jaunes, la maison rose au toit bleuté, un banc, trois chaises, une figure sombre au chapeau jaune et le chat noir du premier plan.
Cette énumération montre que la gamme n’est pas un effet vague. Chaque couleur est assignée à une fonction dans la composition. Le dessin, plus allongé que la toile, simplifie les masses mais conserve l’architecture générale du jardin.
« C’est une de mes toiles les plus voulues. »Vincent à Théo, 23 juillet 1890, lettre 902
Le jardin après la peinture
La maison-atelier existe toujours à Auvers-sur-Oise
Les photographies permettent de comparer le lieu réel à la mémoire picturale. Elles ne « prouvent » pas une correspondance exacte plante par plante : jardins et arbres changent, tandis que Van Gogh simplifie et réorganise ce qu’il voit.


Mai-juillet 1890
De la visite au croquis : la chronologie la plus sûre
Premiers jours à Auvers
Van Gogh mentionne la maison de Daubigny, où vit encore la veuve du peintre.
L’étude carrée
Faute de toile disponible, il utilise un morceau de toile à carreaux pour F 765.
Un grand tableau prévu
Il écrit qu’il songe à transformer le motif en œuvre de plus grande dimension.
Premier panorama
Il annonce à Théo et Jo le tableau auquel il pensait depuis son arrivée.
Croquis et description
Une nouvelle version est dessinée et minutieusement décrite dans une lettre à Théo.
Le mythe du « dernier tableau »
Le Jardin de Daubigny est une œuvre finale, pas un dernier tableau certain
Van Gogh travaille avec une intensité exceptionnelle à Auvers. Plusieurs toiles de juillet ont longtemps été présentées comme sa dernière peinture, mais l’ordre exact n’est pas entièrement documenté.

Champ de blé aux corbeaux
Le tableau appartient au même groupe de grands formats horizontaux. Sa tension dramatique explique sa réputation de « dernière œuvre », mais cette identification n’est pas certaine.

L’Église d’Auvers
Un autre motif du village où l’architecture réelle devient couleur, contour et mouvement.
Dire que Le Jardin de Daubigny est un « dernier hommage » est historiquement défendable : le sujet honore un paysagiste que Van Gogh admirait depuis longtemps, et la version F 776 est encore présente dans une lettre du 23 juillet, quelques jours avant sa mort le 29 juillet. Dire qu’il s’agit de son dernier coup de pinceau serait en revanche excessif.
Sa force vient précisément de ce décalage. Au lieu d’une image funèbre, Van Gogh choisit un jardin habité, abondant et lumineux. L’hommage à un mort passe par la continuité de la peinture et la vitalité d’un lieu transmis.
Prolonger la visite
Explorer les paysages de Van Gogh
Les jardins d’Auvers dialoguent avec les champs, les maisons, les arbres et les vues du village peints pendant les soixante-dix derniers jours de l’artiste.
Repères vérifiés
Sources muséales et correspondance
Van Gogh Letters · lettre 889
Lettre du 17 juin 1890 : support improvisé de l’étude carrée et projet d’un tableau plus grand.
Lire la lettre →Van Gogh Letters · lettre 898
Vers le 10 juillet, Van Gogh mentionne le jardin auquel il pensait depuis son arrivée à Auvers.
Lire la lettre →Van Gogh Letters · lettre 902
Lettre du 23 juillet, croquis de F 776 et description détaillée des couleurs, du mobilier et du chat.
Voir le document →Van Gogh Museum
Notice de F 765 et textes de collection sur la première étude réalisée sur une toile à carreaux.
Voir l’œuvre →Hiroshima Museum of Art
Notice officielle de F 776 : huile sur toile, 1890, 53,2 × 103,5 cm.
Voir la collection →National Gallery · Daubigny
Repères sur le paysagiste, son installation à Auvers et sa relation directe à l’Oise.
Découvrir Daubigny →Questions fréquentes
Le Jardin de Daubigny en huit réponses
Combien de versions du Jardin de Daubigny Van Gogh a-t-il peintes ?
Trois : l’étude carrée F 765 en juin 1890, puis deux grandes versions panoramiques F 777 et F 776 en juillet.
Où se trouvent les trois tableaux ?
F 765 est au Van Gogh Museum à Amsterdam, F 776 au Hiroshima Museum of Art et F 777 appartient à la collection Rudolf Staechelin, déposée au Kunstmuseum Basel.
Pourquoi l’étude a-t-elle été peinte sur un torchon ?
Van Gogh attendait une livraison de toile. Il utilisa un morceau de toile à carreaux, couramment décrit comme un torchon ou une toile de cuisine, pour ne pas interrompre son travail.
Qui était Charles-François Daubigny ?
Un paysagiste français de l’école de Barbizon, né en 1817 et mort en 1878. Installé à Auvers, il peignait notamment le long de l’Oise depuis son bateau-atelier.
Pourquoi y a-t-il un chat noir dans le tableau ?
Le chat est l’un des signes de vie domestique du jardin. Il reste visible dans la version de Bâle. Dans la version de Hiroshima, il fut recouvert après avoir été peint.
Que signifie « une de mes toiles les plus voulues » ?
Dans sa lettre du 23 juillet, Van Gogh souligne le caractère réfléchi et intentionnel de la composition, même si la touche paraît rapide et spontanée.
Le Jardin de Daubigny est-il le dernier tableau de Van Gogh ?
Non, on ne peut pas l’affirmer. Il fait partie de ses dernières œuvres, mais l’ordre précis des toiles de juillet 1890 n’est pas entièrement établi.
Peut-on visiter la maison de Daubigny à Auvers ?
La maison-atelier de Daubigny existe toujours à Auvers-sur-Oise. Les conditions de visite peuvent changer : vérifiez les informations officielles avant le déplacement.
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