Saint-Rémy · octobre 1889 · huile sur toile
Le Mûrier de Van Gogh : un arbre d’automne peint comme une flamme
Une couronne jaune-orange explose devant un ciel d’un bleu dense. Le tronc se tord, le sol ondule et chaque touche semble prolonger l’énergie intérieure de l’arbre.
L’idée essentielle : Van Gogh ne peint pas un incendie réel. Il transforme le feuillage automnal en flamme grâce aux couleurs complémentaires, à la silhouette et à une matière si épaisse qu’elle approche le bas-relief.
Réponse rapide
Pourquoi cet arbre paraît-il brûler ?
Parce que Van Gogh concentre presque toute la lumière dans le feuillage. Les jaunes de chrome, les orangés et les rouges se détachent du bleu du ciel : ce contraste complémentaire rend la couronne plus intense qu’une couleur isolée.
La sensation vient aussi de la forme. Les branches se ramifient comme des langues de feu ; les contours restent irréguliers ; les touches épaisses partent dans plusieurs directions. Pourtant, le tronc ancre fermement l’ensemble dans le sol pierreux. L’image associe donc expansion et stabilité.
Van Gogh tenait particulièrement à cette toile. Le 7 décembre 1889, lorsqu’il décrit à Théo un ensemble d’études d’automne, il considère « le mûrier jaune contre un ciel très bleu » comme la meilleure.

Le contexte
Saint-Rémy après une période sans peindre dehors
Van Gogh entre volontairement à l’hospice Saint-Paul-de-Mausole en mai 1889. Il travaille d’abord depuis sa chambre et dans le jardin clos, puis retrouve progressivement la campagne proche lorsqu’il en a l’autorisation.
Le Mûrier appartient à une poussée de travail au début d’octobre. Le peintre observe alors les effets d’automne : feuillages jaunissants, carrières claires, peupliers, pins et oliviers. Il ne cherche pas une botanique exacte ; il utilise l’arbre comme une structure capable de porter la couleur.
Analyse visuelle
Cinq zones font de l’arbre un brasier stable
Le tableau est compact : pas de vaste horizon, pas de personnage, pas de récit. Toute l’énergie circule entre la couronne, le ciel, le tronc, le terrain et la colline.
La couronne
Elle occupe presque toute la moitié supérieure. Son bord dentelé empêche la masse jaune de devenir un simple ovale.
Les branches
Elles rayonnent depuis le tronc en éventail. Leur mouvement rappelle des gerbes ou des flammes qui se séparent.
Le tronc
Brun, noueux et ramassé, il retient la poussée du feuillage. Son inclinaison évite une symétrie trop calme.
Le ciel
Les traits bleus obliques ne sont pas un fond vide : ils répondent au rythme des feuilles et intensifient les jaunes.
Le sol
Blancs cassés, bleus, ocres et verts construisent un terrain sec qui réfléchit la lumière sans concurrencer l’arbre.
La surface
Une peinture qui devient presque sculpture
Le Norton Simon Museum décrit une surface proche du bas-relief. Dans les feuilles, Van Gogh accumule une couche épaisse de jaune et modèle la matière jusque par le manche du pinceau.
Le tableau ne montre pas seulement un arbre jaune : il fait ressentir la poussée de la sève, le vent et l’éclat sec d’une journée d’automne.
Dans les lettres
Van Gogh revient trois fois sur le Mûrier
« …un mûrier entièrement jaune qui se détache sur le bleu du ciel. »
La formule, rapportée par le Norton Simon Museum, résume la charpente chromatique : une seule masse chaude opposée au bleu.
« …je pense que la meilleure est le mûrier jaune contre un ciel très bleu. »
Van Gogh classe lui-même cette toile en tête de ses études d’automne envoyées à Théo.
« …son feuillage touffu était d’un magnifique jaune contre un ciel très bleu… »
À Willemien, il ajoute le « terrain blanc, pierreux, ensoleillé derrière » : trois zones colorées suffisent à reconstruire l’œuvre.
À ne pas surinterpréter : comparer la couronne à une flamme décrit un effet visuel. Van Gogh ne présente pas le mûrier comme un symbole codé de souffrance ou d’incendie dans les lettres connues.
Le cycle d’automne
Le Mûrier au milieu d’une forêt d’études
En octobre et novembre 1889, Van Gogh traite les arbres comme des personnalités différentes. Les six œuvres ci-dessous montrent comment il change de rythme selon l’espèce, le terrain et la lumière.

Verticalité
Peupliers à Saint-Rémy
Les troncs montent en bandes droites ; la répétition remplace l’explosion solitaire du Mûrier.
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Entrelacement
Arbres dans le jardin de l’asile
Branches, troncs et sous-bois forment un réseau serré où l’espace devient presque textile.
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Feuilles au sol
La Chute des feuilles
Ici l’automne se disperse sur le chemin ; l’énergie descend de la couronne vers le terrain.
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Échelle humaine
Les Cantonniers
Des platanes gigantesques dominent de petites figures : le végétal devient une architecture urbaine.
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Ondulation
Oliviers avec ciel jaune
Les feuillages ne flambent plus : ils roulent comme des vagues sous un soleil compact.
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Autre automne
La Vigne rouge
Peinte à Arles en 1888, elle permet de comparer deux automnes : surface rouge au couchant, arbre jaune au plein jour.
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Nature observée, Monticelli mémorisé, forme inventée
Après l’atelier
Un tableau reconnu tôt par Pissarro
Camille Pissarro voit la toile dans la galerie parisienne de Théo van Gogh et échange l’une de ses propres œuvres contre ce Mûrier lumineux. Cette provenance montre qu’au moins un grand peintre contemporain perçoit immédiatement sa qualité.
1889–1890 · Théo et Camille Pissarro
Le tableau arrive à Paris. Pissarro l’acquiert par échange et le conserve.
Collections européennes
Après la famille Pissarro, l’œuvre passe notamment par Ambroise Vollard, Alphonse Kann puis des marchands et collectionneurs privés.
1961 · Norton Simon
Norton Simon achète la toile ; elle entre ensuite dans la fondation qui porte son nom.
Aujourd’hui · Pasadena
The Mulberry Tree appartient au Norton Simon Art Foundation et figure parmi les œuvres emblématiques du musée.
À voir au musée
Norton Simon Museum
411 West Colorado Boulevard, Pasadena, Californie. La notice indique actuellement l’œuvre exposée, mais il reste préférable de vérifier la présentation avant un déplacement.
Composer un ensemble Van Gogh
Quatre paysages de Saint-Rémy
Pour accompagner le Mûrier sans répéter sa palette, choisissez des œuvres qui reprennent son mouvement végétal dans des formats et des saisons différents.
Questions fréquentes
Le Mûrier de Van Gogh
Quand Van Gogh a-t-il peint Le Mûrier ?
Il peint l’œuvre en octobre 1889, pendant son séjour volontaire à l’hospice Saint-Paul-de-Mausole de Saint-Rémy-de-Provence.
Où se trouve le tableau aujourd’hui ?
The Mulberry Tree appartient au Norton Simon Art Foundation et est conservé au Norton Simon Museum de Pasadena, en Californie.
Quelles sont ses dimensions ?
L’huile sur toile mesure 54 × 65 cm, soit 21 1/4 × 25 1/2 pouces. Son format horizontal laisse la couronne s’étendre latéralement.
Pourquoi parle-t-on d’un arbre en flammes ?
Les jaunes, orangés et rouges du feuillage, son contour irrégulier et les touches rayonnantes évoquent un brasier. Il s’agit d’une comparaison visuelle, pas d’un incendie représenté.
Van Gogh aimait-il ce tableau ?
Oui. Dans sa lettre à Théo du 7 décembre 1889, il estime que le mûrier jaune contre le ciel très bleu est la meilleure des études d’automne du groupe envoyé.
Quelle technique Van Gogh emploie-t-il ?
Il utilise l’huile sur toile, des touches directionnelles et, surtout dans la couronne, un empâtement épais. La surface conserve des reliefs marqués qui réagissent à la lumière.
Le tableau est-il expressionniste ?
Van Gogh précède les groupes expressionnistes historiques. On peut parler d’une puissance expressive de la couleur et de la ligne, mais il est plus exact de situer l’œuvre dans son style tardif postimpressionniste.
Camille Pissarro a-t-il possédé Le Mûrier ?
Oui. Selon la provenance publiée par le Norton Simon Museum, Pissarro acquiert la toile après l’avoir vue dans la galerie de Théo, en échangeant une de ses propres œuvres.
Sources et repères
- Norton Simon Museum — The Mulberry Tree, notice, provenance et audioguide.
- Vincent van Gogh, lettre 824 à Théo, 7 décembre 1889.
- Vincent van Gogh, lettre 827 à Willemien, 9–10 décembre 1889.
- Vincent van Gogh, lettre 810 à Théo, vers le 8 octobre 1889.
- Norton Simon Museum — Van Gogh dans la collection.
Les traductions françaises des lettres sont reformulées avec fidélité à partir de l’édition scientifique en ligne. Le catalogue identifie l’œuvre comme F 637 / JH 1796.




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