Vernonnet · Giverny · deux jardins et une amitié de peintres

Monet et Pierre Bonnard : Giverny, couleur et admiration

À cinq kilomètres de Giverny, Bonnard trouve à Vernonnet un paysage de Seine, un jardin sauvage et un voisin illustre. Leur relation n’est pas celle d’un maître et d’un disciple : c’est un dialogue vivant où Monet encourage la libération colorée de Bonnard, tandis que le jugement du cadet compte jusque dans l’aventure des grandes décorations.

Fenêtre ouverte sur la Seine à Vernonnet de Pierre Bonnard, œuvre montrée en entier
Pierre BonnardFenêtre ouverte sur la Seine à Vernonnet : le paysage apparaît à travers l’architecture domestique, comme une surface de couleur déjà cadrée.
Le Jardin de l’artiste à Giverny de Claude Monet, tableau complet
Claude MonetLe Jardin de l’artiste à Giverny, 1900 : une allée construite par le jardinier et recomposée par le peintre.
5 kmenviron entre Vernonnet et Giverny
1910Bonnard loue « Ma Roulotte »
1912il achète la maison dominant la Seine
100+paysages peints pendant la période normande

L’essentiel en une minute

Quelle relation unit réellement Monet et Bonnard ?

Une proximité géographique devient une proximité artistique, mais sans effacer la différence de génération, de méthode et de tempérament.

Le dialogue commence dans un paysage très concret. Monet vit à Giverny depuis 1883. Bonnard loue en 1910 une petite maison de Vernonnet, sur les coteaux de la Seine, puis l’achète en 1912. Il la baptise Ma Roulotte. De son balcon et de son atelier, il domine une végétation en pente, le fleuve et les collines. Le musée des Impressionnismes Giverny situe la maison à environ cinq kilomètres de la propriété de Monet.

Les deux artistes se rendent visite. Une photographie prise par Bonnard montre Monet marchant dans une allée de Giverny entre 1910 et 1915. Un dessin vers 1920 représente Claude Monet et Marthe Bonnard dans la salle à manger de Giverny. Plus révélatrice encore, une lettre de 1916 montre Monet souhaitant présenter à Bonnard l’avancement de ses grandes compositions de Nymphéas. L’admiration n’est donc pas à sens unique : Bonnard regarde l’aîné, mais l’aîné sollicite aussi le regard du cadet.

Le résultat n’est pas une ressemblance superficielle. Chez Monet, le jardin est conçu comme un instrument d’observation : floraisons, bassin, reflets et heures produisent des variations. Chez Bonnard, le jardin sauvage de Vernonnet devient un réservoir de sensations remémorées. L’un répète le motif pour mesurer ses transformations ; l’autre le reconstruit jusqu’à rendre l’espace instable, vibrant et presque mental.

Monet
1840–1926
Bonnard
1867–1947
Relation
Amis, voisins et interlocuteurs
Pas de
Rapport officiel maître–élève
Lieu commun
La vallée de la Seine autour de Vernon
Question commune
Comment la couleur transforme-t-elle la nature ?
La nuance importante : Bonnard ne devient pas impressionniste en s’installant près de Monet. Il conserve l’héritage des Nabis, le japonisme, les aplats, les cadrages coupés et la peinture de mémoire. L’influence de Monet agit comme une permission : celle de pousser plus loin la lumière, la couleur et la liberté du paysage.

Giverny ↔ Vernonnet

Deux maisons, deux points de vue, une même vallée de la Seine

Monet construit un domaine horizontal autour de deux jardins. Bonnard choisit une maison perchée dont le jardin dévale vers le fleuve. La topographie prépare déjà deux manières de peindre.

Photographie réelle du jardin de Claude Monet à Giverny
Giverny · le jardin composé

Monet organise le vivant

Au Clos Normand, l’allée, les arceaux, les massifs et les hauteurs végétales forment une perspective. Dans le jardin d’eau, le bassin, le pont japonais, les nymphéas et les saules créent un second monde fondé sur les reflets. Avant de peindre, Monet choisit, plante, déplace et attend.

Photographie réelle du jardin de Giverny · Selena N.B.H., 2008 · CC BY 2.0, Wikimedia Commons.
Vernonnet, paysage près de Giverny de Pierre Bonnard
Vernonnet · le jardin sauvage

Bonnard regarde depuis la pente

Ma Roulotte s’élève au-dessus d’un jardin irrégulier descendant vers la Seine. Le regard plonge, traverse une végétation touffue, accroche une balustrade ou une fenêtre, puis rejoint le fleuve. Les plans se tassent et fusionnent comme dans une tapisserie.

Pierre Bonnard, Vernonnet, paysage près de Giverny · image de la collection Alpha Reproduction.
01

La Seine

Le fleuve relie les deux lieux. Chez Monet, il prolonge une longue histoire commencée à Argenteuil et Vétheuil ; chez Bonnard, il apparaît derrière les feuillages ou depuis les fenêtres.

02

La vapeur d’eau

La lumière humide de la vallée estompe les distances. Les contours se relâchent, les couleurs voisines s’interpénètrent et le paysage perd sa stabilité descriptive.

03

Le jardin

Monet préfère une nature dirigée. Bonnard accepte le désordre apparent. Tous deux transforment néanmoins le jardin en dispositif pictural plutôt qu’en simple décor.

04

Le cadre

Monet utilise les allées, les ponts et les rives. Bonnard ajoute fenêtres, portes, terrasses et balustrades : le regard passe souvent par un écran architectural.

05

La durée

Le paysage n’est jamais saisi une fois pour toutes. Les deux peintres reviennent au même lieu pendant des années pour en extraire des accords toujours nouveaux.

Documents d’une relation

Photographie, dessin et lettre : trois preuves que leur dialogue était concret

La proximité entre Monet et Bonnard ne repose pas seulement sur des ressemblances inventées après coup. Des œuvres et des archives les montrent ensemble et éclairent l’estime qu’ils se portaient.

Claude Monet marchant dans une allée de Giverny, photographie prise par Pierre Bonnard entre 1910 et 1915
Pierre Bonnard, Claude Monet (et un personnage non identifié) marchant dans une allée de Giverny, entre 1910 et 1915. Négatif sur film souple, 8 × 5,5 cm. Musée d’Orsay, PHO 1987 27 57 · image Wikimedia Commons d’après le musée d’Orsay.
Entre 1910 et 1915

Bonnard photographie Monet

Le cliché est pris pendant un séjour de Bonnard à Vernon. Il montre Monet non comme une icône officielle, mais comme un homme avançant dans son propre jardin. La photographie appartient au registre affectif et familier que Bonnard pratiquait avec son appareil Kodak.

26 avril 1916

Monet veut montrer ses grandes décorations

« Je voudrais vous montrer où en sont mes grandes machines. »

Dans une lettre adressée à Bonnard, Monet lui demande de venir voir l’avancement des immenses Nymphéas. Le choix du destinataire indique que l’avis de Bonnard comptait au moment d’une entreprise décisive.

Vers 1920

Monet et Marthe dans la salle à manger

Un dessin de Bonnard représente Claude Monet et Marthe Bonnard dans la salle à manger de Giverny. Entré en 2009 dans la collection du musée des Impressionnismes Giverny, il fut la toute première œuvre acquise par le musée.

Échanges artistiques

Une admiration sans soumission

Le musée d’Orsay souligne que les échanges avec Monet encouragent Bonnard à se libérer du naturalisme et à développer une interprétation lyrique de la nature. Le musée de Giverny parle d’une recherche de couleur parallèle menée par deux amis et voisins.

Repères

De l’arrivée de Monet à Giverny aux dernières années normandes de Bonnard

Cette chronologie montre que leur dialogue se développe surtout au moment où Monet agrandit le monde des Nymphéas et où Bonnard refonde sa peinture de paysage.

1883Giverny

Monet s’installe

Il loue la maison du Pressoir et commence à transformer le Clos Normand. Le lieu deviendra son principal laboratoire de peinture.

1890Japonisme

Bonnard découvre les estampes

L’exposition japonaise de l’École des beaux-arts nourrit sa vision synthétique, ses cadrages et son goût des surfaces décoratives.

1910Vernonnet

Location de Ma Roulotte

Bonnard trouve une maison à environ cinq kilomètres de Giverny et commence une période normande particulièrement féconde.

1912Installation

La maison est achetée

Depuis le balcon et l’atelier, Bonnard peint le jardin en pente, la Seine, les fenêtres ouvertes et les scènes intimes.

1916–20Dialogue

Les Grandes Décorations

Monet invite Bonnard à voir ses « grandes machines ». Vers 1920, Bonnard dessine Monet et Marthe dans la salle à manger de Giverny.

1938Fin de période

Bonnard quitte Vernonnet

Après plus de vingt-cinq ans de séjours et plus d’une centaine de paysages, il s’installe définitivement au Cannet.

Nature composée · nature foisonnante

Le jardin de Monet est une œuvre construite ; celui de Bonnard semble déborder le cadre

La différence des jardins explique une part essentielle de la différence des tableaux. L’un ordonne la floraison pour produire des motifs. L’autre laisse la végétation brouiller les distances et absorber les figures.

Le Jardin de l’artiste à Giverny de Claude Monet montré en entier
Claude Monet · Clos Normand

Une perspective horticole

L’allée centrale s’élargit vers le spectateur et se resserre devant la maison. Iris, arbres et façade forment des masses complémentaires. Le jardin réel possède déjà une structure picturale : axe, plans, répétitions, couleurs chaudes et froides.

  • Motifs choisis et entretenus avec des jardiniers.
  • Floraisons programmées selon les saisons.
  • Allées et rives organisant le déplacement du regard.
  • Variations peintes selon l’heure, la lumière et l’état du jardin.
Matin dans le jardin à Vernonnet de Pierre Bonnard montré en entier
Pierre Bonnard · Ma Roulotte

Une tapisserie de végétation

La profondeur reste perceptible, mais les verts, jaunes, roses et bleus tendent à ramener les plans vers la surface. Les figures deviennent difficiles à isoler. Le jardin n’est plus un espace que l’on parcourt facilement : il enveloppe et retarde la lecture.

  • Point de vue souvent élevé depuis la maison.
  • Végétation irrégulière descendant vers la Seine.
  • Plans fusionnés par la couleur et la lumière humide.
  • Composition reconstruite en atelier, loin d’une copie littérale.
Question Claude Monet à Giverny Pierre Bonnard à Vernonnet Effet sur le spectateur
Comment naît le motif ? Monet aménage le jardin, observe les changements puis reprend la toile. Bonnard prélève croquis et sensations, puis réorganise le souvenir en atelier. Chez Monet, on mesure un état de lumière ; chez Bonnard, on entre dans une mémoire colorée.
Comment fonctionne la profondeur ? Allées, pont, rives et reflets guident encore l’œil, même lorsqu’ils se dissolvent. Fenêtres, terrasses et feuillages compressent les plans et multiplient les obstacles. L’espace de Monet s’ouvre ; celui de Bonnard hésite entre profondeur et tapisserie.
Quelle place pour la figure ? Elle devient rare dans le jardin tardif, au profit de l’eau et des végétaux. Marthe, des invités ou des animaux apparaissent, souvent à demi absorbés par le décor. Le paysage de Bonnard conserve une intimité humaine et énigmatique.
Quel rôle pour la couleur ? Elle traduit les rapports changeants entre lumière, eau, ciel et plante. Elle peut contredire la couleur locale et reconstruire entièrement la cohérence de la scène. La nature reste visible, mais sa vérité devient chromatique plutôt que descriptive.

Cinq dialogues visuels

Ce que Bonnard regarde chez Monet — et ce qu’il transforme immédiatement

Les rapprochements les plus féconds portent moins sur des sujets identiques que sur des problèmes communs : le cadre, le reflet, la série, le jardin et le passage du paysage à la surface colorée.

Le Jardin de l’artiste à Giverny de Claude MonetClaude Monet · Le Jardin de l’artiste à Giverny, 1900
Dialogue 1 · le jardin comme tableau

Construire le motif avant de le peindre

Monet intervient directement sur le réel : l’allée, les iris et la maison ont été organisés pour produire des accords. Bonnard ne copie pas ce jardin, mais il comprend qu’un lieu quotidien peut devenir une œuvre totale. À Vernonnet, maison, terrasse, mobilier, figures et végétation forment à leur tour un système continu.

La différence reste décisive. Monet conserve la force de l’axe et de la perspective. Bonnard préfère les seuils, les vues obliques et les plans qui se confondent. Là où Monet conduit le regard, Bonnard le fait hésiter.

Voir Le Jardin de l’artiste →
La Seine à Vernon de Pierre Bonnard, 1915, musée des Impressionnismes GivernyPierre Bonnard · La Seine à Vernon, 1915 · Musée des Impressionnismes Giverny
Dialogue 2 · fleuve et lumière

La Seine devient un accord crépusculaire

Le fleuve ne forme qu’une courbe lointaine derrière l’exubérance du jardin. Orange, vert et rose construisent une atmosphère plus qu’une topographie. Le musée de Giverny souligne l’inspiration considérable apportée par la touche de Monet et son attention au plein air.

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Fenêtre ouverte sur la Seine à Vernonnet de Pierre BonnardPierre Bonnard · Fenêtre ouverte sur la Seine à Vernonnet
Dialogue 3 · cadrer la nature

Chez Bonnard, la fenêtre remplace parfois la rive

Monet se place face au bassin, au fleuve ou à l’allée. Bonnard installe souvent un cadre dans le cadre. La fenêtre sépare et relie simultanément l’intérieur et le paysage. Les verticales architecturales stabilisent une végétation prête à se dissoudre.

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Le Pont japonais de Claude Monet à GivernyClaude Monet · Le Pont japonais, 1899
Dialogue 4 · japonisme

Une autre manière d’aplatir l’espace

Monet et Bonnard partagent une connaissance profonde des estampes japonaises. Le pont courbe, la coupe du cadre et la distribution asymétrique des végétaux donnent à Monet une structure nouvelle. Bonnard pousse davantage encore la planéité, les découpes inattendues et l’emboîtement des motifs.

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La Terrasse à Vernonnet de Pierre BonnardPierre Bonnard · La Terrasse à Vernonnet
Dialogue 5 · vers l’immersion

La terrasse devient une scène au bord de l’abstraction

Le Metropolitan Museum décrit la terrasse comme une scène et le jardin comme un rideau. Le tronc violet, les feuillages et les figures subordonnées aux rapports colorés montrent jusqu’où Bonnard peut aller sans abandonner le monde visible.

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Influence sans imitation

Quatre leçons de Monet que Bonnard transforme en langage personnel

Le mot « influence » ne désigne pas une copie de motifs. Il décrit des permissions nouvelles offertes à un peintre déjà formé par Gauguin, les Nabis et l’art japonais.

01

Revenir sans épuiser

Monet montre qu’un même lieu peut porter des dizaines de tableaux. Bonnard reprend pendant près de trois décennies les fenêtres, terrasses, barques, jardins et vues de Seine de Vernonnet.

02

Libérer la couleur locale

La couleur ne doit pas seulement nommer un objet. Un tronc peut devenir violet, un ciel rose, une eau orange, si ces écarts produisent une vérité plus forte de la sensation.

03

Laisser le motif se dissoudre

Dans les Nymphéas tardifs, l’horizon disparaît et le reflet trouble les catégories. Bonnard retient cette liberté, mais la combine avec des cadres domestiques et une narration intime.

04

Penser grand et décoratif

Les Grandes Décorations confirment que le paysage peut envelopper le spectateur. Bonnard partage depuis sa jeunesse une ambition décorative, nourrie par les panneaux nabis et les formats japonais.

Le fil japonais

Hokusai, Hiroshige et la surface : un terrain commun plus ancien que Vernonnet

Le rapprochement entre Monet et Bonnard ne commence pas seulement dans la vallée de la Seine. Tous deux avaient appris des estampes japonaises à déplacer l’horizon, couper les formes et traiter le tableau comme une surface organisée.

Deux japonismes, deux usages

La maison de Giverny conserve la spectaculaire collection d’estampes de Monet : 211 œuvres exposées selon la Fondation Monet, auxquelles s’ajoutent des feuilles en réserve. Hokusai, Hiroshige et Utamaro entouraient le peintre dans sa vie quotidienne. Le jardin d’eau, avec son pont, son bassin et ses végétaux, prolongeait cette fascination sans chercher à reproduire un jardin japonais authentique.

Bonnard découvre les estampes lors d’une exposition à l’École des beaux-arts en 1890. Félix Fénéon le surnomme le « Nabi très japonard ». Ses panneaux verticaux évoquent les kakémonos ; ses formes se plient en arabesques et sa perspective sans profondeur ramène les plans vers la surface.

  • Chez Monet : asymétrie, pont, coupe du motif, séries atmosphériques et monde flottant des reflets.
  • Chez Bonnard : aplats, silhouettes découpées, angles élevés, motifs emboîtés et ambition décorative.
  • Point commun : le tableau n’est plus une fenêtre neutre ouverte sur le monde ; il affirme sa propre organisation.
Panneaux décoratifs Femmes au jardin de Pierre Bonnard
Pierre Bonnard, Panneaux décoratifs – Femmes au jardin. Les formats, les figures coupées et la continuité végétale rappellent combien le japonisme structure son regard bien avant sa rencontre régulière avec Monet.

Vernonnet en dix œuvres

Fenêtres, terrasses, fleuve et jardin : la géographie intime de Ma Roulotte

Cette sélection permet de suivre les principaux motifs normands de Bonnard. Les images sont montrées sans recadrage afin de préserver la composition complète de chaque œuvre.

Guide du regard

Comment comparer Monet et Bonnard sans réduire l’un à l’autre ?

Quelques gestes simples permettent de voir une relation d’émulation plutôt qu’une recherche de ressemblances anecdotiques.

1

Repérez le point de vue

Monet se place souvent directement dans le jardin. Bonnard regarde fréquemment depuis une fenêtre, un balcon ou une terrasse.

2

Cherchez l’axe

Une allée, une rive ou un pont organise Monet. Chez Bonnard, plusieurs directions concurrentes ralentissent souvent la lecture.

3

Suivez une couleur

Voyez comment un rose, un violet ou un vert circule entre ciel, eau, feuillage, architecture et figure sans respecter strictement les objets.

4

Regardez les bords

Les formes coupées par le cadre révèlent l’influence japonaise et suggèrent un monde qui continue hors de la toile.

5

Mesurez la présence humaine

Le dernier Monet écarte presque les figures. Bonnard les conserve, mais les fond dans le décor jusqu’à les rendre parfois secondaires.

6

Comparez plusieurs versions

La répétition d’un motif montre les décisions du peintre : couleurs déplacées, éléments supprimés, point de vue modifié ou souvenir amplifié.

7

Approchez la surface

À courte distance, le paysage se fragmente en touches, reprises et intervalles. La matière montre comment la nature a été reconstruite.

8

Gardez l’écart

Monet cherche les métamorphoses d’un motif observé ; Bonnard fait durer la sensation dans une image recomposée. Leur dialogue vit de cette différence.

À lire ensuite

Huit articles pour prolonger Giverny, le dernier Monet et ses dialogues modernes

La relation avec Bonnard devient plus claire lorsqu’on connaît séparément la maison, le jardin, les Nymphéas, la Seine et les autres amitiés artistiques de Monet.

Questions fréquentes

Tout comprendre sur Monet, Bonnard, Giverny et Vernonnet

Rencontre, maison, distance, influence, jardins, lettres, œuvres et musées : les réponses essentielles.

Claude Monet et Pierre Bonnard étaient-ils amis ?

Oui. Les institutions parlent d’amis et voisins. Bonnard rendait souvent visite à Monet à Giverny, Monet fréquentait également Vernonnet, et plusieurs documents attestent leur proximité.

Bonnard a-t-il été l’élève de Monet ?

Non. Bonnard était déjà formé par l’expérience des Nabis, Gauguin, le japonisme et les arts décoratifs. Monet fut un aîné admiré et un interlocuteur important, pas un professeur officiel.

Où se trouvait la maison de Bonnard près de Giverny ?

Elle se trouvait à Vernonnet, sur les coteaux de la Seine, à environ cinq kilomètres de Giverny. Bonnard l’appelait « Ma Roulotte ».

Quand Bonnard s’installe-t-il à Vernonnet ?

Il loue la maison en 1910, puis l’achète en 1912 selon le musée des Impressionnismes Giverny et le musée d’Orsay. Il y séjourne régulièrement jusqu’à la fin des années 1930.

Monet a-t-il influencé la peinture de Bonnard ?

Oui, mais sans imitation directe. Les échanges encouragent Bonnard à libérer la couleur, à s’éloigner du naturalisme et à approfondir une interprétation lyrique du paysage.

Pourquoi dit-on que l’admiration était réciproque ?

En 1916, Monet écrit à Bonnard pour lui montrer l’avancement de ses grandes compositions de Nymphéas. Cette invitation suggère qu’il estimait le regard et le jugement de son cadet.

Bonnard a-t-il photographié Monet ?

Oui. Le musée d’Orsay conserve un négatif pris entre 1910 et 1915 montrant Monet et un personnage non identifié marchant dans une allée de Giverny.

Existe-t-il une œuvre montrant Monet et Marthe Bonnard ensemble ?

Oui. Un dessin de Bonnard, daté vers 1920, représente Claude Monet et Marthe Bonnard dans la salle à manger de Giverny. Il appartient au musée des Impressionnismes Giverny.

Quelle différence entre le jardin de Monet et celui de Bonnard ?

Monet compose méthodiquement le Clos Normand et le jardin d’eau. Le jardin de Vernonnet est décrit comme sauvage, en forte pente vers la Seine, avec une végétation qui fusionne visuellement.

Quelle œuvre de Bonnard résume le mieux sa période normande ?

La Seine à Vernon, peinte en 1915 et conservée au musée des Impressionnismes Giverny, est essentielle. Fenêtre ouverte sur la Seine à Vernonnet et La Terrasse à Vernonnet montrent aussi parfaitement ses recherches.

Monet et Bonnard partageaient-ils le goût du Japon ?

Oui. Monet collectionnait les estampes et intégra des échos japonais à Giverny. Bonnard, surnommé le « Nabi très japonard », adopta aplats, formats verticaux et cadrages inspirés des estampes.

Où voir aujourd’hui des œuvres liées à leur relation ?

Le musée des Impressionnismes Giverny conserve La Seine à Vernon et le dessin de Monet avec Marthe. Le musée d’Orsay conserve la photographie prise par Bonnard et de nombreuses œuvres des deux peintres.

Sources vérifiées

Musées, fondations et notices de référence

Les dates, la distance, les œuvres, la photographie, la lettre, l’histoire de Ma Roulotte et l’analyse de la relation reposent prioritairement sur des sources institutionnelles.

Crédits visuels : les reproductions d’œuvres utilisées pour les liens commerciaux proviennent de la médiathèque Alpha Reproduction. La Seine à Vernon est reproduite depuis la page officielle du musée des Impressionnismes Giverny, crédit Jean-Michel Drouet. La photographie de Monet prise par Bonnard est reliée à Wikimedia Commons et à la notice du musée d’Orsay. La photographie moderne du jardin de Giverny est sous licence CC BY 2.0.

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